
« Reprenons donc nos bonnes habitudes. »
C'est par ces mots que Gérard Brodin marquait le fait de regagner la place centrale au bout de la table du conseil municipal, juste après avoir été réélu maire par sa majorité au cours de la séance d'installation du 20 mars dernier.
Une petite phrase échappée, comme un acte manqué, qui témoigne au fond du réel état d'esprit du premier édile : ouf, rien n'a véritablement changé.
On rappellera ici le résultat très serré du scrutin du 15 mars (12 voix d'écart), "un signal fort" que la tête de liste fraichement réélue disait avoir bien entendu au soir de l'élection (Courrier de la Mayenne, 16/03/2026).
Un score à 51% / 49%, mais que les règles qui s'appliquent aux collectivités locales traduisent par une assemblée de 12 contre 3.
Mathématiquement, et du strict point de vue de la représentativité, nous pourrions affirmer que chacun des douze conseillers de la majorité a été élu par 32 personnes, tandis que chacun des trois conseillers de l'opposition l'a été par 124... Nous pourrions même légitimement exiger de pouvoir occuper presque quatre fois plus de temps de parole que nos collègues au sein du conseil !
Mais nous nous plions à la règle majoritaire.
Au moment de désigner les adjointes et adjoints, le maire a soumis une liste de quatre noms issus de sa majorité. Nous avons donc proposé qu'au moins l'une de ces quatre personnes - fût-ce la dernière - soit choisie parmi l'opposition. Ceci afin de rétablir un minimum de représentativité au sein de l'exécutif municipal.
Évacuée d'emblée, notre proposition a donc dû être tranchée par un vote, et a été rejetée par 12 voix contre 3.
Nous attirons également l'attention sur le fait que, sur proposition du maire, le nombre d'adjoints a été doublé par rapport au dernier mandat, passant de deux à quatre. À première vue, nous pourrions nous réjouir de ce changement qui signifierait une plus grande capacité d'action municipale. Cependant, nous nous souvenons que, s'agissant du mandat à venir, Gérard Brodin déclarait en décembre dernier : « Mon objectif est donc de préparer la succession et de passer de deux à quatre adjoints. » (Ouest-France, 30/12/2025)
Ce renforcement de l'exécutif municipal est donc avant tout une manière d'assurer la continuité de la ligne Brodin, par la fabrication de dauphins pressentis à prendre sa relève. Une incubation politique qui a un coût puisque, sur proposition du maire, le conseil municipal a également voté l'augmentation des indemnités de l'exécutif (maire + adjoints), autrefois arrêtées à 83%, désormais poussées à leur maximum autorisé.
Les citoyennes et citoyens de notre commune, qui pour moitié ont plébiscité un projet de renouveau, se retrouvent donc à payer davantage pour faire fonctionner une municipalité idéologiquement resserrée autour d'un maire reconduit de justesse, qui semble-t-il avait entendu "un signal fort".
Entendu, mais vite oublié manifestement.
Enfin, une délibération s'est tenue concernant les délégations d'attributions du conseil municipal au maire. En effet, le code général des collectivités territoriales prévoit qu'un certain nombre de prérogatives peuvent être confiées au seul maire pour toute la durée du mandat, l'autorisant à prendre un certain nombre de décisions sans avoir reçu l'aval du conseil, qui n'a alors plus qu'une fonction de contrôle a posteriori.
Le projet proposé reprenant les mêmes délégations que lors du mandat précédent, nous avons indiqué que, puisque plusieurs conseillers de la précédente mandature avaient observé une situation de désintérêt et de désinvestissement du conseil municipal (absentéisme, débats quasi inexistants), il pourrait être pertinent de réduire le nombre de ces délégations afin que que le conseil municipal soit davantage saisi et impliqué dans les décisions.
Peu affecté par cet argumentaire, le maire a consenti à enlever quelques unes des délégations (qui ne le dérangeaient pas trop, a-t-il précisé), mais s'est refusé à admettre l'existence de quelque désintérêt des conseillers sortants pour la chose municipale au cours des dernières années.
Et en conclusion de cette séquence, M. Brodin nous aura servi une petite leçon de sémantique, nous rappelant que les "conseillers" municipaux avaient avant tout fonction de "conseil". Le sous-entendu est limpide : ce ne sont pas les conseillères et les conseillers municipaux qui décident.
À l'issue de cette séance d'installation se dessine donc une mandature qui portera peu de changement dans la méthode démocratique, avec un conseil municipal peu représentatif de la volonté exprimée par les urnes, et nettement divisé entre un exécutif bien indemnisé et au service du maire, et des conseillères et conseillers bénévoles, sans attribution, et qui auront peu de pouvoir de décision.
C'est la ré-installation du vieux logiciel politique, en somme.
Mais nous demeurons mobilisés pour la suite.
Le 9 avril aura lieu une séance du conseil municipal consacrée toute entière au budget de la commune. Nous verrons comment nous pourrons influencer les orientations.